16 octobre - Porto, jour 1

Au programme ce matin, une escapade à la réserve naturelle des dunes de Sao Jacinto à l’est d’Aveiro. Dès 8h30 nous sommes sur la route afin de prendre le ferry de 9h30 à Forte da Barra. Mais avant, il faut prendre de l’essence. Et c’est là que notre journée est tout chambardée.  Serge se trompe et met de l’essence régulière au lieu du diesel dans notre jolie Renaud Clio rouge. Adieu la belle randonnée tellement vantée par notre skipper de moliceiro, nous prenons plutôt la route pour Porto afin de nous rendre chez Sixt où nous avons loué l’auto. 

Il y a de nombreux feux de forêt dans la région au sud, le paysage est tout enfumé et l’odeur de feu vient avec. Nous voyons même des flammes le long de la route. Heureusement la route A1 n’est pas fermée et nous pouvons nous rendre à l’aéroport de Porto. Chez Sixt, ils sont bien surpris que la voiture roule encore, mais moyennant un prix assez salé pour vider le réservoir, il nous procure une autre auto, cette fois-ci une Peugeot.  Espérons que nous pourrons nous faire rembourser par notre assurance avec BMO. 
Les feux de forêt ne sont pas loin
Après avoir stationné l’auto non loin de Trattva Hostel où nous logeons pour trois jours, nous nous rendons à cette auberge de jeunesse très bien rénovée où l’accueil est chaleureux. Pour nous remettre de nos émotions, nous allons manger dans la cuisine de l’auberge. Il y a des frigos où on peut laisser nos provisions et où il y a tout ce qu’il faut pour cuisiner.


 Comme nous logeons à deux pas de la gare de trains Sao Bento, nous allons la visiter. La salle à l’entrée est un chef d’œuvre de l’art de l’azulejo qui est un ensemble de carreaux de faïence décorés. D’immenses fresques retracent l’histoire populaire autant que les grandes périodes de l’histoire portugaise et l’histoire du transport. L’architecte Jorge Colaço, qui a construit cette gare comme un monument, a oublié le côté pratique et utile… les guichets de vente.

La gare de trains Sao Bento



Un peu plus loin, nous arrivons à la cathédrale médiévale à l’allure massive et sombre datant du 12e siècle.  L’intérieur est tout aussi sombre et ses immenses colonnes lui donnent un aspect restreint. Heureusement son cloître gothique a conservé beaucoup de charme avec ses voutes et ses azulejos. Nous y retrouvons même notre cher St-Jacques le pèlerin.


La cathédrale de Porto


Les murs d'azulejos du cloître


St-Jacques le pèlerin

L'escalier décoré d'azulejos
En passant par la rue piétonnière très achalandée Santa Catarina, nous nous rendons au Palacio da Bolsa, ce magnifique monument néo-classique inspiré du style mauresque. La prochaine visite est à 17h00 et en espagnol seulement. Comme nous ne voulons pas attendre celle en français qui est à 18h00, nous achetons nos billets et attendons quinze minutes avant d’entrer. Nous entrons par le Patio das Naçoes (hall des nations) où se faisaient les échanges monétaires à l’époque. Par son aspect majestueux, il met le ton sur ce qui nous attend. Nous montons ensuite à l’étage supérieur et nous nous rendons dans la très sérieuse salle des audiences solennelles qui démontre bien l’importance qu’on accordait au commerce. Le clou de la visite est sans contredit le salon arabe qui s’inspire des motifs de l’Alhambra de Grenade et qui est bordé d'or.

Serge attend patiemment l'heure de la visite

Le grand escalier du Palacio da Bolsa

Le Hall des Nations en bas

La très sérieuse salle des audiences

Le Salon arabe

C'est par cette porte qu'on entre dans le Salon arabe
Nous allons souper dans un mini-restaurant le long d’une ruelle près de la promenade où le saumon est délicieux et le service agréable. Après avoir jeté un dernier coup d’œil au magnifique pont pédestre que nous traverserons bientôt nous remontons vers notre jolie auberge où nous attend une confortable chambre avec salle de bain.

C'est bien pour nous que cette table est réservée

Que pensez-vous qu'il y a dans ce livre?


Le pont de Dom Luis I

15 octobre - Aveiro

Avant de quitter Coimbra, nous allons visiter le Monastère de Santa Clara-a-Velha dont l’histoire nous a particulièrement impressionnés. Je prends le temps de vous la raconter. Ce couvent de femmes fut fondé en 1286 par Dona Mor Dias en l’honneur de Sainte Isabelle et de Sainte Claire dans un esprit de pauvreté, d’humilité et de retrait de la société.  Il fut construit sur la rive gauche du Mondego.  La création du nouveau monastère suscita cependant la rancœur des moines de Santa Cruz qui voyaient leur échapper ainsi tous les biens que Dona Mor leur avait antérieurement légués par testament.  Ils allèrent jusqu’à l’excommunier ainsi que les ouvriers et artisans qui travaillaient à la construction du monastère.

En 1313, la très pieuse reine Isabelle de Portugal réclama l’accord du pape pour la réparation et l’agrandissement du monastère. Elle fit construire un palais pour elle-même attenant au monastère et exigea que sa sépulture soit conservée au monastère.

Dès 1331, une énorme crue du Mondego inonda le monastère qui était construit sous le niveau de la mer et les eaux recouvrirent même le tombeau de la Reine. Avec la récurrence des crues et le passage du temps, l’eau devint une présence de plus en plus constante et gênante. Au début, les sœurs contournèrent le problème en surélevant maintes fois les sols jusqu’à ce que, au début du 17e siècle, il fallut construire un étage supérieur le long des nefs de l’église et du chœur et abandonner la partie basse.

En 1677, on assista à l’inévitable évacuation et au transfert de la communauté au monastère de Santa Clara-a-Nova construit plus haut sur le Mont d’Espérance. Cet abandon et l’immersion dans les sédiments et les eaux ont provoqué l’effondrement et la ruine du monastère dont seule la partie supérieure de l’église reste visible de nos jours.

Bien que dans ce monastère de l’observance de Sainte Claire on respectait les vœux de pauvreté franciscaine, le fait qu’il était sous le patronage de la reine lui valut d’être la retraite d’une élite sociale de dames de la noblesse et de la bourgeoisie  qui y vivaient au milieu d’objets raffinés et même de luxe qu’elles avaient apportés avec elle en dot.

Cependant une des règles de la communauté était que les sœurs devaient se laver une fois par deux semaines l’été et une fois par mois l’hiver.  Difficile à imaginer pour nous dont la douche journalière est une nécessité.

Les vestiges du Monastère de Santa Clara-A-Velha

Le premier niveau inondé et le 2e niveau construit par la suite

La maquette de ce que le Monastère pouvait ressembler avant l'évacuation

Nous arrivons à Aveiro en début d’après-midi et il fait très chaud. Nous en profitons pour découvrir la ville en nous promenant le long de ses canaux à bord  d’un « moliceiro », bateau traditionnel à fond plat qui servait à l’origine à la récolte des algues. Dans notre bateau nommé « Ricardo », nous sommes les seuls français et par chance le skipper du moliceiro connaît notre langue et nous fait toute la visite en français. Il est très fier de son bateau qu’il juge le meilleur de la flotte. Il a raison sur ce point car il se déplace plus lentement que les autres sur les canaux et nous avons le temps d’admirer la ville et d’assimiler ses explications. Il nous donne trois bonnes raisons pour dire que les canaux d’Aveiro sont meilleurs que ceux de Venise. D’abord ce sont des canaux naturels, ensuite il y a des écluses qui évitent les inondations et finalement les égouts de la ville ne se jettent pas dans les canaux donc pas de mauvaises odeurs. Comme nous ne sommes jamais allés à Venise, nous ne sommes pas en mesure de juger de la beauté du décor.

Les moliceiros sur le canal central

Notre skipper qui parle français et qui est si fier de son bateau



Beaucoup plus beau que des grafitti
De retour sur la terre ferme, nous allons nous réfugier à l’hôtel las Salinas pour laisser passer la chaleur qui est encore plus écrasante avec l’humidité dans l’air.  Nous en ressortons vers 18h30 et c’est maintenant plus agréable de nous promener sur les larges trottoirs le long du canal central. Il y a beaucoup d’autobus qui encombrent la rue et qui quittent la ville avec son lot de passagers. Beaucoup de jeunes montent à bord qui doivent retourner soit à l’université ou à la maison après la fin de semaine à Aveiro.



La mairie, les pieds dans l'eau


Sur le pont de l'amour, les amoureux y accrochent des rubans

Une maison typique d'Aveiro

14 octobre - Coimbra

Nous passons la journée de samedi à Coimbra, ville qui fut jadis la capitale du Portugal et qui depuis 500 ans est le site de la plus grande université du pays. 

Après avoir stationné notre voiture le long de la rue Padre Antonio Vieira, nous nous rendons à la Casa Pombal située dans une ruelle tout près de l’université. C’est une vieille demeure à trois étages pas plus large que six mètres et notre minuscule chambre au style désuet est tout en haut. Elsa, la responsable de la casa est une vraie source d’information sur les endroits à visiter à Coimbra, nous l’aurions bien engagée comme guide.


Notre chambre dans le grenier de la Casa Pombal


Nous débutons notre visite de la ville par la nouvelle cathédrale qui a vu le jour en 1598.  Nous entrons dans l’église au son du violon, de l’orgue et de chant en même temps que les invités à un mariage. Nous nous faisons discrets car nous ne sommes pas dans le ton avec nos vêtements décontractés. 
L'église nouvelle de Coimbra

Nous nous rendons ensuite à l’université qui se trouve au plus haut point de la ville et qui consiste en une série de remarquables édifices datant du 16e au 18e siècles situés autour de la vaste place « Pateo das Escolas ». Tous les édifices peuvent être visités librement sauf la bibliothèque Joanina et le musée de la science pour lesquels nous devons payer un prix d’entrée et obtenir ainsi une heure de visite.  Notre visite à la bibliothèque est à 15h00. Dans la file d’attente, nous faisons la connaissance d’un couple français, Myriam et Jeff qui possèdent une chambre d’hôtes près du Puy du Fou. Nous les croiserons souvent au cours de l’après-midi, toujours avec autant de plaisir.

Paço das Escolas, l'ancien palais royal


En attendant de pouvoir visiter la bibliothèque, nous entrons dans l’ancien palais royal « Paço des Escolas » C’est dans ces lieux que se tiennent les cérémonies académiques. Il y a aussi des salles de cours et la cafétéria des étudiants et des professeurs où nous allons manger vers 14h00.



Un coup d'oeil dans une salle de cours

La salle d'attente du palais royal

La salle des grandes cérémonies
En passant devant la chapelle de Sao Miguel, nous pouvons voir arriver des mariés qui s’apprêtent à unir leurs vies dans cette magnifique chapelle. Il y a plusieurs mariages aujourd’hui sur les lieux de l’université, peut-être des anciens élèves.


Ça rappelle des souvenirs à Serge


Nous faisons le tour des différentes facultés où des étudiants en habit de finissants vendent des crayons aux effigies de l’université aux touristes.

A la faculté de médecine

Des étudiants vendant des crayons
C’est l’heure de notre visite à la bibliothèque Joanina qui fut donnée en cadeau à l’université par le Roi Joao V au début du 18e siècle. Sous la bibliothèque se trouve la prison de l’académie. A l’origine, il y avait un couvre-feu à 19h00 pour les étudiants; ceux qui ne le respectaient pas passaient la nuit en prison. L’université avait ses propres lois.

En descendant vers la prison de l'académie

C'est par ici qu'on entre à la prison et à la bibliothèque
 Nous montons au premier étage de la bibliothèque qui était la salle de travail des enseignants et qui possède 60,000 ouvrages anciens qui sont conservés précieusement.



Nous montons ensuite au 2e étage, lieu-dit « des nobles ». Toute la construction de cette bibliothèque vise à la conservation de la collection bibliographique datant du 16e au 18e siècles, de la largeur des murs extérieurs aux bois à l’intérieur. Toujours en aide à la conservation des livres, il existe deux colonies de chauves-souris qui protègent les collections d’insectes bibliophages durant la nuit. Le soir, les employés de la bibliothèque recouvrent les tables en bois d’ébène du Brésil, de nappes de cuir.   Malheureusement les photos ne sont pas permises à cet étage, cette photo provient de l'internet. 

L'étage "noble" de la bibliothèque
Nous nous rendons ensuite au Musée de la Science qui possède des collections d’objets et d’instruments scientifiques ainsi que d’animaux provenant des différents continents.  On peut passer une heure dans ce musée, ensuite nous devons céder la place aux prochains visiteurs. C’est là que Serge a vu le ballon qu’il aurait aimé inventer pour soutenir son sac à dos lors de notre voyage de marche.  Hugues doit sûrement se souvenir de son délire.  

Le ballon que Serge aurait aimé inventer

Une balance datant de 1773

Une étrangeté animale


Maman lion, papa lion et leurs petits
Après une descente abrupte dans un dédale de ruelles, nous terminons notre journée au Fado ao Centro, où nous assistons à un très beau spectacle de fado, dans sa forme la plus traditionnelle et authentique. Il est offert par deux musiciens à la guitare portugaise à 12 cordes et à la guitare classique espagnole à 6 cordes et par deux chanteurs. C’est un spectacle à ne pas manquer.